États Généraux de l’Alimentation : les consommateurs et l’environnement grands absents du débat ?

Alors que le coup d’envoi de cette large consultation vient d’être donné, des associations contestent la méthode et le contenu…

Ce jeudi 20 juillet, le Premier Ministre, Edouard Philippe, et le Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Stéphane Travert, ont lancé les Etats généraux de l’alimentation devant 500 personnes réunies à Bercy. Représentants des producteurs, des distributeurs, des industriels, des consommateurs, ONG, élus, membres de services étatiques ont échangé toute la journée sur les grands enjeux des EGA. Nicolas Hulot, Ministre de la Transition écologique et solidaire, et Benjamin Griveaux, Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Economie et des Finances sont également intervenus devant les participants au cours de la journée.

Grand chantier interministériel, ces EGA doivent répondre à un double objectif : permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de « prix justes » dans toute la filière agro-alimentaire et adapter le modèle de production agricole aux attentes des consommateurs, c’est à dire une alimentation saine et durable.

Pour y répondre, le Gouvernement s’est engagé dans une large démarche d’intelligence collective à travers la mise en place d’ateliers thématiques regroupant les parties prenantes et le lancement d’une consultation publique ouverte du 20 juillet au 20 octobre. Ces ateliers et cette consultation devront nourrir l’agenda des solutions des Ministères à la mi-décembre. Lors de son discours, Stéphane Travert a salué « cet exercice inédit de démocratie participative au service d’un projet collectif autour de l’alimentation ».

L’annonce des États Généraux de l’Alimentation, faite par le candidat Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle, laissait présager des réorientations décisives en faveur d’une alimentation plus saine et d’une agriculture plus durable. Mais la déception a été à la hauteur des attentes, au vu du programme de travail transmis début juillet à la société civile. Sur les 14 groupes de travail prévus, pas moins de 9 sont relatifs aux problèmes économiques des agriculteurs et des filières, 4 à l'alimentation et seulement un à l'environnement ! Rien de concret n'est dit ou presque sur les impacts négatifs des activités agricoles sur l’environnement, les ressources aquatiques et la santé, sur la qualité des aliments ou sur la loyauté des informations fournies au consommateur. Ce sont en fait les demandes traditionnelles des syndicats professionnels, notamment agricoles, qui structurent le document :

La réglementation environnementale oubliée : bien que les aides de la Politique Agricole Commune soient (en théorie) conditionnées au respect de la réglementation environnementale, la protection des milieux naturels est surtout vue à travers le prisme des agriculteurs avec, par exemple, la proposition de rémunérations supplémentaires pour les « services environnementaux » de l’agriculture.

L’impasse sur les perturbateurs endocriniens : alors que les perturbateurs endocriniens sont au cœur des débats actuels en France et en Europe, ceux-ci ne sont pas une seule fois mentionnés dans le projet !

Rien sur la transparence des prix : si l’on ne peut que s’accorder sur une juste rémunération des agriculteurs face au déséquilibre manifeste régnant dans les négociations commerciales, on ne voit nulle mention en revanche de la transparence dans la construction des prix payés par les consommateurs.

Le consommateur bouc émissaire de la malbouffe : en matière de déséquilibres alimentaires, la responsabilité de l’industrie agro-alimentaire et de son marketing sont scandaleusement passés sous silence, ces problèmes étant abordés sous l’angle de la responsabilité des consommateurs.

Refusant que ces États Généraux soient une occasion manquée d’aborder l’alimentation dans toutes ses dimensions, comme la plupart des autres acteurs de la société civile, l’association de protection des consommateurs UFC-Que Choisir a transmis au Ministère de l’Agriculture de nombreuses demandes de modifications au projet initial. Au vu de ces très nombreux amendements, l’Administration a indiqué avoir renoncé à l’idée de rédiger une trame pour les ateliers, les axes de travail devant être arrêtés pour chacun d’entre eux lors des premières réunions. C’est donc sans fil conducteur prédéfini que sont censés s’engager les débats de ces États Généraux, au risque que l’intérêt des consommateurs et les enjeux environnementaux passent à la trappe.

Une situation que dénonce également Inf’OGM : « Inf’OGM a appris des personnes en charge de son organisation au Ministère de l’Agriculture que ni les documents officiels, ni le calendrier et la liste des 14 ateliers repartis en deux chantiers, n’étaient « finalisés ». Impossible de savoir comment les participants aux ateliers ou les Grands Témoins seront sélectionnés. Impossible de vraiment savoir comment s’impliquer à une semaine du démarrage. Les enjeux sont pourtant trop importants pour être discutés dans l’opacité et la précipitation : cela crée de la confusion alors que nous avons tous besoin de savoir avec clarté ce que nous mettons dans nos assiettes ».

Compte tenu des enjeux consuméristes, sanitaires et environnementaux, l’UFC-Que Choisir indique qu’elle participera aux débats des États Généraux de l’Alimentation, mais conditionnera son maintien dans les ateliers à la réelle prise en compte du point de vue des consommateurs, notamment :

– Le respect des réglementations environnementales existantes, avec l’application du principe pollueur-payeur, une réelle incitation à limiter l’utilisation des pesticides et des engrais et la protection des milieux naturels ;

– La transparence des prix payés par les consommateurs et la garantie d’une concurrence effective au sein de la grande distribution ;

– La réaffirmation du principe de précaution et la prise en compte des perturbateurs endocriniens dans les procédures d’autorisation des pesticides et des molécules de synthèse ;

– La diminution des quantités de gras, de sucre et de sel dans les produits alimentaires et la moralisation du marketing à destination des enfants ;

– La relance d'une politique de produits de qualité.

Si Inf’OGM salue l’organisation de ces États Généraux de l’Alimentation qui, selon l’association anti-OGM, répond au constat de graves dysfonctionnements dans le système agricole et alimentaire en France, en Europe et dans le monde depuis de nombreuses années. L’association est surprise de constater qu’il ne sera pas question des OGM alors même que la voie des biotechnologies est mainte fois présentée comme la solution aux besoins alimentaires d’une population mondiale en croissance constante et que cette solution clé en main est pourtant largement contestée.

Le calendrier de ces États généraux est également critiqué, ceux-ci devant être clos en amont des négociations commerciales de 2018. Autrement dit, le calendrier fixé répond aux enjeux du marché mondial alors que de nombreux rapports d’organisations (CCFD, Oxfam, Grain, etc…) démontrent que la libéralisation des marchés est un facteur prépondérant de la crise agricole.

Plus d’infos

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