Fin des menus de substitution à Chevigny-Saint-Sauveur

Michel Rotger, le maire LR de Chevigny-Saint-Sauveur, a décidé de supprimer, à la rentrée, les menus de substitution…

Depuis quelques temps, des maires mettent fin aux menus de substitution servis aux enfants ne désirant pas manger de viande de porc. En Bourgogne ce fût le cas du maire LR de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, qui avait décidé la fin des menus de substitution dans les restaurants scolaires de sa commune en 2015. Plus loin de nous, même décision, depuis la dernière rentrée, pour les villages sud-girondins de Pompéjac, Uzeste et Lignan-de-Bazas dont les écoles sont réunies dans un regroupement pédagogique intercommunal (RPI) où sont scolarisés une centaine d’élèves. Idem à Saint-Seurin-sur-l’Isle également en Gironde.

Début juin, le maire de Chevigny-Saint-Sauveur Michel Rotger (LR) a décidé de supprimer les menus de substitution dans les restaurants scolaires pour la prochaine rentrée scolaire.

En 2015, en réponse à la décision de Gilles Platret, le moine bouddhiste Matthieu Ricard avait fait la proposition « pragmatique » que le repas de substitution soit sans viande : « le repas végétarien convient au plus grand nombre – musulmans, juifs, chrétiens, athées ou autres ».

Durant la campagne de la dernière élection présidentielle, dans l'émission « Au Tableau ! » diffusée sur C8, Jean-Luc Mélenchon avait déclaré que les menus végétariens seraient une réponse environnementale et une solution pour mettre fin au débat sur les menus de substitution sans porc.

Le menu végétarien n’est pas une nouveauté puisqu’en 2013 à Arveyres en Gironde, le maire avait décidé de ne plus servir de plat de substitution lorsque le porc était au menu des cantines scolaires de sa commune, les écoliers ne mangeant pas de porc à la cantine, n'avaient plus d'autre choix qu'une double ration de légumes en substitution,

En novembre 2016, lors d'un meeting à Neuilly-sur-Seine, Nicolas Sarkozy avait proposé que les élèves qui ne mangent pas de porc prennent « une double ration de frites » à la cantine le jour où l'on sert « des frites et une tranche de jambon ». Sans autre plat de substitution. D’ailleurs, en 2015, pendant la campagne des départementales, l’ancien Président de la République avait appuyé la décision du maire de Chalon-sur-Saône.

Que dit la loi ?

En droit, rien n’empêche une collectivité de supprimer ces repas, comme l’a rappelé en 2011 une circulaire du ministère de l’Intérieur. « Le fait de prévoir des menus en raison de pratiques confessionnelles ne constitue ni un droit pour les usagers ni une obligation pour les collectivités », indique le texte s’appuyant sur des décisions de jurisprudence. En 2002, le conseil d’État avait ainsi estimé que le fait qu’une commune serve du poisson le vendredi dans des cantines mais refuse de tenir compte des prescriptions alimentaires en vigueur dans les autres cultes ne constituait pas une atteinte aux droits fondamentaux.

Néanmoins, en janvier 2017, la Commission nationale consultative des Droits de l'Homme (CNCDH) avait rendu l’avis suivant concernant Chalon-sur-Saône : « Contrairement aux motifs avancés par le Conseil municipal de Chalon-sur-Saône, le principe de neutralité du service public ne s'oppose pas à ce que les usagers de la restauration scolaire puissent, dans la mesure du possible, bénéficier d'une alternative aux plats contenant du porc ».

En pratique, la plupart des cantines proposent depuis longtemps des substituts au porc et servent du poisson le vendredi.

 

Communiqué

Depuis des décennies, dans les cantines municipales, et quelle que soit la couleur politique de la majorité, les enfants ont le choix entre plusieurs plats.

Quelques maires découvrent tout à coup que cela poserait un problème de laïcité.Et ils invoquent une prétendue laïcité qui est exactement son contraire.

La loi de 1905 de séparation des églises et de l’Etat, fondement de la laïcité en France,repose sur le refus d’exercer une quelconque contrainte de l’Etat et des collectivités publiques pour favoriser une religion ou pour lutter contre elle. Elle laisse les citoyens libres de pratiquer une religion ou de n’en pratiquer aucune. C’est ce qu’on appelle la neutralité de l’Etat. Qui n’interdit à personne d’avoir ses opinions et de le faire savoir individuellement ou collectivement.

Contrairement à ce que vient de décider le maire de Chevigny, la laïcité n’est pas dans l’assiette. Elle est dans la tolérance et le respect des enfants et de leurs parents, dans l'égalité de traitement des enfants indépendamment des convictions (religieuses ou non) de leurs parents.

C'est ce que pratiquent quotidiennement les enseignants dans leur activité professionnelle exigeante et difficile. Quant aux élus municipaux, ils n’ont pas d’autre responsabilité en la matière que celle de gérer les cantines municipales afin qu’elles apportent aux enfants une nourriture saine et équilibrée dans un moment convivial , qui exclut toute discrimination de certains enfants.

En instaurant la laïcité de l’Etat, la IIIe république a réservé au milieu de la semaine un jour de vacance d’école au cours duquel les familles qui le souhaitaient pouvaient faire donner à leurs enfants une éducation religieuse. Il était traditionnel dans les cantines des collèges et des lycées d’offrir du poisson le vendredi.

C’est ce qu’on appelle le vivre ensemble avec nos différences, dans le respect de chacun, en refusant résolument tout ce qui peut conduire à une stigmatisation et au rejet d’une minorité.

C’est pourquoi nous demandons solennellement au maire de Chevigny de revenir sur une décision unilatérale et inappropriée et de rétablir la situation normale. Faute de quoi, nous nous verrions dans l’obligation de mener une campagne publique de dénonciation de rupture de la laïcité.

Ligue des Droits de l'Homme / Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples / ATTAC 21 / Amnesty International Dijon / Confédération Syndicale des Familles / FSU / Collectif contre l'Islamophobie en France / Libre Pensée / Solidaires 21

 

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